coup_coeur

Le musée des contradictions
Antoine Wauters
Editions du sous-sol, 2022

Un musée composé de douze discours et habité par autant de guides. Une multitude de perspectives  portées par des voix,  avant tout humaines,  pétries de contradictions.  Antoine Wauters nous offre ces bouts de vies écrites au pluriel dans une langue poétique et revigorante. Et cette promenade dans l’actualité, menée par un certain refus des convenances, nous laisse une impression de beauté.  Parfois cruelle, toujours  vraie.


Musée animal
Carlos Fonseca
Bourgois, 2022

Musée animal de Carlos Fonseca (tr. André Gabastou) est une créature étrange: ossature d’un Calvino, physionomie d’un Borges ; c’est un Bolaño dégriffé, ou un Kundera qui se serait soudainement découvert, comme une pieuvre, plusieurs cœurs. Ses personnages, visionnaires errants, semblent suivre une autre logique que linéaire : tour à tour, ils scindent leurs racines, virent de bord, et sombrent dans la solitude, dans la politique, dans l’art ou dans l’alcool, à la recherche d’une vérité plus profonde que celle que l’on tient pour acquise. Ce qui intéresse principalement Fonseca est l’inconscient, ou plutôt les efforts de notre esprit se débattant contre l’inconscient dans une quête de sens instinctive, vouée à l’échec mais néanmoins primordiale, animée par un questionnement des catégories arbitraires qui nous bercent, des rêves obscurs qui sous-tendent nos plus intimes philosophies et des rituels par lesquels nous y donnons vie.


Ultramarins
Mariette Navarro
Quidam, 2021

Des vies linéaires qui chemineraient de A vers Z, on en connaît peu. Il y a des tours, des détours et parfois des instants précis où tout bascule. Mariette Navarro, fascinée par ce « petit espace blanc inexistant jusqu’alors », invente le moment à partir duquel le quotidien routinier de l’équipage d’un cargo de marchandises se détraque. En apparence, il ne s’agissait pourtant que d’une simple baignade…


Warda s’en va
Pierrine Poget
La Baconnière, 2021

Pierrine Poget est une autrice genevoise. Elle a d’abord publié des recueils de poèmes et fait paraître aujourd’hui « Warda s’en va ». Le sous-titre, « Carnets du Caire », laisse d’abord penser que l’on trouvera là l’occasion de parcourir la capitale égyptienne. La première partie de l’ouvrage nous donne effectivement quelques impressions de la ville, mais bien plus que Le Caire c’est Pierrine Poget que l’on y rencontre. On la découvre au travers d’une langue belle et personnelle, pudique et décalée. Elle vit la ville par le truchement de ses sens. Ils viennent imprimer son corps : « Je ne sais rien, sinon ce que le corps apprend déjà ». Elle laisse venir les évocations qui font surgir des métaphores singulières : « Les arbres sont couleur crocodile ». Dans les deux dernières parties du livre l’autrice part des impressions premières pour mieux s’en éloigner et faire jaillir le rêve. Alors qu’elle reprend son carnet deux années après son voyage, elle ouvre des brèches entre les souvenirs pour qu’y entre la fiction. Pierrine Poget s’inscrit ainsi ouvertement dans la lignée de Jorge Luis Borges et Lewis Carroll. « Warda s’en va » est l’occasion pour le lecteur de faire pénétrer le songe dans le réel et de sourire face à des associations d’idées farfelues qui finalement pourraient être aussi les siennes.


Le voyant d’Etampes
Abel Quentin
Editions de l’Observatoire, 2021

Le deuxième roman d’Abel Quentin, Le voyant d’Etampes, a reçu le prix de Flore 2021. À La Méridienne, il est notre Goncourt. Le texte brille par sa composition construite autour d’un élément de surprise qui apparaît de manière inopinée au tiers du roman. L’intrigue qui était déjà jusque-là bien menée devient alors exceptionnelle. Jean Roscoff, jeune retraité, souhaite se refaire une réputation auprès de ses proches et de son ex-épouse en se lançant dans un projet d’écriture. Il s’agit-là d’une biographie, celle de celui qu’il nomme « le voyant d’Etampes », un poète américain tombé dans l’oubli ayant vécu dans les années 1960 dans la sous-préfecture du département d’Essonne. C’est un sujet intéressant, mais Jean Roscoff ne s’attendait tout de même pas à ce que l’on s’arrache à ce point son ouvrage. Par l’intermédiaire de son personnage, Abel Quentin nous livre avec habilité et humour des éléments de réflexion pour tenter de comprendre notre époque où chaque prise de position, aussi anodine soit-elle, est soumise au risque du couperet de rhétoriques radicales et à la rapidité de la circulation des informations via les réseaux sociaux.


Les enfants de la Volga
Gouzel Iakhina
Noir sur Blanc, 2021

Les enfants de la Volga (traduit du russe par Maud Maubillard) est un roman historique : celui d’une communauté de germanophones habitants au bord du fleuve. Ils sont les descendants d’Allemands ayant été invités par Catherine II dans le but de cultiver les terres laissées vacantes après l’expulsion des Tatars à la fin du XVIIIe siècle. L’ouvrage de Gouzel Iakhina est aussi un roman d’amour : celui de la rencontre entre l’instituteur du village et une jeune femme dont la vue lui est cachée par un paravent alors qu’il doit lui faire classe. Les histoires qu’il lui raconte pour l’instruire forment un ensemble de contes qui confèrent au roman une troisième dimension, celle de la fable. Chacune des facettes de l’ouvrage se nouent pour créer un livre d’une grande intelligence, agréable à lire et dont les personnages deviennent des compagnons de vie encore longtemps après avoir refermé le volume.